Vétérinaire, nous avons la chance d’exercer un métier au contact à la fois du public et des animaux et le quotidien nous réserve parfois des moments d’émotions ou d’humour indispensables pour compenser les moments de tristesse, l’espérance de vie des animaux étant plus courte que celle des humains, les décès sont donc plus fréquents.
De nombreux acteurs de cette série s’y reconnaîtront mais ne pourront prétendre à aucune compensation financière, à défaut qu’ils reçoivent mes plus chaleureux remerciements pour leur contribution, leur nom a été modifié, seul leur prénom a été conservé.
Ces anecdotes ont été collectées au cours d’une carrière c’est pourquoi dans certains cas il est question de francs et non d’euros, le téléphone était déjà sans fil mais l’iphone n’était pas né, parfois le minitel était en gestation et le net était présent mais au tennis !
au choix du rire ou des larmes ?
Une montre pour RAMBO ROCKY, le chien qui mourut deux fois !
Le cannibale Qui veut gagner des millions ?
Le collant de la voisine De la bave au plafond
le chiot rowenta Titi sans Rominet
Le hamster de deux heures du matin ! il l’a voulu, il le garde !
Faut faire venir le curé ! J’ai toujours eu des problèmes avec l’administration !
Le scarabée, Ohé, Ohé ! Grossesse nerveuse
j’ai payé plus cher parce que c’est rare ! Le singe sous les tuiles
UNE MONTRE POUR RAMBO
Daniel est rond, tout rond, avec le sourire de la vache qui rit constamment dessiné sur son visage, mais la vie comme il la voit à travers ses yeux ronds est différente de celle de vos yeux à vous, et c’est ce qui fait tout son charme, ce qu’il voit vous ne le voyez pas de la même manière, vous ne nous croyez pas ?.
Daniel adore ses animaux et forme avec eux une meute unie ou une famille soudée, parfois nous ne savons plus, l’écouter parler de ses compagnons peut prendre des heures, la chute de ses histoires n’est jamais prévisible mais toujours logique .
Ce jour là RAMBO son dogue allemand est avec lui, le chien est fier et luisant, son maître n’en est que plus fier il a les yeux pétillants de bonheur devant son compagnon et nous annonce :
Daniel : pour son anniversaire je lui ai offert une montre !
Nous : Une montre ??
Daniel : Oui une montre, je lui mets à la patte gauche, je ne lui mets pas tous les jours … mais quand il l’a, il la regarde !

Merveilleux non ? logique incontestable, cela va peut être inspirer un fabricant …
UNE NOUVELLE RACE de CHIENS
Daniel : Docteur, je vais créer une nouvelle race de chiens !
Nous : C’est cela, oui, c’est cela. (la classe, pour refaire Thierry Lhermitte dans le père noël est une ordure)
Daniel : Rambo aime les taureaux de Camargue et Stella ma beauceronne aussi, je vais lui faire faire une portée avec lui et comme cela ce sera une race de chiots qui aimeront les taureaux de Camargue !
CHOISIS ton NOM, COYOTE !
Ce qui fut dit, fut fait, Stella mit au monde la nouvelle race de chiens « spécial taureaux camarguais » et dans le lot il y avait une boule de poils bringée qui nous est présentée à l’occasion de son premier vaccin.

Nous : Alors ? Comment l’appelez vous ?
Daniel : Coyote !
Nous : Eh bé ! c’est la première fois que je soigne un coyote !
Daniel : C’est pas moi qui ai choisi son nom, c’est lui !
Nous : Ah ! bon ? Comment a-t-il fait ?
Daniel : Vous savez, il sait pas encore lire alors j’ai fait une liste de noms, je l’ai lue et lorsque je suis arrivé à coyote il a tourné la tête vers moi. ça te plaît coyote ? Et il a de nouveau tourné la tête ! Vous savez il est très futé !
BIP ! BIP !
BLUB BLUB
Daniel adore tous les animaux et ses capacités de communication dépassent le cadre canin.

Daniel : j’ai un copain qui a un gros poisson rouge dans un aquarium, vous me croirez pas docteur, quand je vais le voir, le copain , il me reconnaît, le poisson …
Nous : ??…
Daniel : En arrivant je fais toc toc sur l’aquarium, il me reconnaît et il vient nager tout contre la paroi, et on voit bien qu’il est content il remue la queue, me regarde et il essaie de me dire des choses avec sa bouche !
Don’t worry, be happy !
Une autre fois …
Daniel : Docteur, là je peux vous parler de mes chiens, mais c’est plus difficile à la maison parce qu’ils écoutent mes conversations, ils le savent quand je vous appelle, ils se regroupent autour de moi pour entendre ce que je dis et ils comprennent tout ! Ah ! c’est des mariolles !
Désormais vous ne parlerez plus devant votre chien de la même manière !
ROCKY le CHIEN qui MOURUT 2 fois !
Treize heures, la sonnerie du téléphone nous interrompt dans notre activité de collecteur d’impôts, traduction : nous étions en train de payer la TVA mensuelle.
Madame VINA : Bonjour docteur, je m’excuse de vous déranger, vous ne me connaissez pas mais mon chien ROCKY, boxer vient de décéder, pourriez vous prendre en charge le corps car j’habite en appartement ?
Nous : Bien sur madame mais étant dans la comptabilité je préfère vous recevoir à quatorze heures, je ferai le nécessaire.
Quatorze heures, pas de chien décédé …
Seize heures, une animation particulière éveille la salle d’attente depuis qu’un boxer est entré, en cinq minutes il a coupé sa laisse, fait des avances poussées à la petite caniche voisine, éclaboussé de bave sa maîtresse et rajouté d’un postillon parabolique une virgule sur le poster placé au mur.

Arrive son tour.
Madame VINA : bonjour, je suis madame VINA, je vous ai dérangé tout à l’heure pour mon chien ROCKY, je l’avais trouvé sur le canapé, la tête renversée, les yeux grands ouverts, la langue pendante, il ne respirait plus ! je vous ai appelé puis je me suis mise à pleurer, vous pensez il a dix ans et je ne le savais pas malade. Et tout d’un coup il est venu me lécher et faire le clown parce qu’il a vu que j’étais triste !
Nous : Madame, ce n’est en tout cas pas normal, il a du vous faire une syncope, nous allons l’examiner !
ROCKY est monté sur la table d’examen, ses coups de langue généreux me font douter de ma toilette matinale, il participe bénévolement à un examen complet, muqueuses RAS ( Rien A Signaler ), pli de peau, auscultation du coeur et des poumons, palpation abdominale, température, toujours aucune piste; allez HOP ! un petit électrocardiogramme, NON ! NON ! , on ne mets pas les électrodes dans la bouche ! RIEN ! RIEN tout est OK ! Révision des niveaux, les résultats de l’auto-analyseur sont formels : foie et reins sont tout neufs !
Nous : Ecoutez, je ne trouve rien, si vous détectez un symptôme nouveau ces jours-ci, faîtes moi signe.
Madame VINA quitte la clinique et ROCKY profite de sa laisse coupée pour s’enfuir, séquence animation de rue avec klaxons, coups de freins, cris de madame VINA, la police municipale entendant ces bruits ouvre sa porte, ROCKY se précipite à l’intérieur et se constitue prisonnier ! OUF !
Retour au calme, reprise des consultations.
Dix sept heures, au téléphone.
Madame VINA : Docteur ? je vous appelle pour ROCKY, il est mort …
Nous : Vous, vous êtes sur ?
Madame V : Quand je suis repartie de chez vous tout à l’heure il était en pleine forme, il est monté sur le siège arrière et lorsque nous passons sur les gendarmes couchés près des FOURQUES j’ai l’habitude de lui dire « attention ça va bouger », et il s’appuie aux dossiers des sièges arrières, il m’a répondu par un gros soupir, je me suis garée deux minutes après, et il était mort sur le siège !
Je suis montée chez moi et quand je suis revenue au bout de cinq minutes il n’avait toujours pas bougé, je n’osais pas vous appeler, j’avais peur que vous me preniez pour une folle ! je peux vous l’amener maintenant ?
Ainsi partit un clown par une dernière pirouette !
Quant à l’explication médicale ? embolie ? fibrillation?
le CANNIBALE
Un lundi matin classique, avec son lot d’imprévus du week-end, ce jour là c’est OLAF qui nous est présenté, dogue allemand de 18 mois, 75 kg de muscles et d’os, habituellement assez remuant, mais aujourd’hui bien trop calme, sa démarche est pesante, ses paupières sont descendues de cinq millimètres recouvrant la moitié de l’oeil, sa conjonctive est violacée, ses oreilles basses, toute son attitude et celle de ses maîtres ressemble à un SOS.

Bonjour ! Qu’est ce qui ne va pas ?
OLAF n’a fait que vomir depuis samedi, dés qu’il avale un peu d’eau il renvoie tout ! Même de la bile et il s’épuise !
L’examen clinique confirme que l’affaire est sérieuse, OLAF a une température inférieure à la normale, il est deshydraté, le pli de peau met plus d’une seconde pour s’estomper, son ventre est douloureux à la palpation.
Quelques minutes après, la radiographie nous montre des images ressemblant à des chambres à air de mobylette placées dans l’abdomen, la conclusion qui s’impose est « syndrome occlusif « , en clair c’est bouché et le DESTOP ne peut pas être utilisé !
Branle bas de combat, l’équipe rejoue URGENCES version canine, OLAF est placé sous perfusion, le matériel stérile est aligné sur la table, la check list est passée en revue, l’anesthésie est déclenchée et la chirurgie commence.
Les quelques mètres de chambre à air gonflés ne songent qu’à s’échapper de l’abdomen entrouvert, l’aspect vineux général s’intensifie sur dix centimètres d’intestin plus lourds, plus rigides, plus durs rappelant l’œuf en bois que l’on glissait autrefois dans les chaussettes pour les repriser, le problème est bien là !
L’ennemi est cerné par des gazes, l’anse intestinale est isolée, tirée légéremment en dehors de l’abdomen en prévision des fuites, la tension monte, les pinces spéciales clampent l’intestin de part et d’autre, l’infirmière nous présente le morceau de boudin violacé tenu par deux gazes et avec la lame de scalpel nous tranchons en long en un seul passage cinq centimètres d’intestin.
C’est alors que surgissent de ce magma nauséabond, sanguinolent deux yeux ! Oui deux yeux bleus ciel avec une petite pupille bien noire, aussi écarquillés que les nôtres, plus petits mais aussi étonnés de nous rencontrer, deux yeux cousus sur une peluche spéléologue dont nous ne pouvons pas discerner momentanément la couleur d’origine mais que nous estimons représenter l’espèce canine, voire même appartenir à la tribu POKEMON!
Après l’étonnement, la chirurgie reprend son cours, sutures, fermeture et OLAF est transporté au chenil pour s’y réveiller au chaud.
L’opération a pris du temps, l’équipe a été réquisitionnée et du coup la salle d’attente s’est remplie nous ouvrons large la porte de la salle d’attente :
Désolé pour le retard, une urgence! Un chien avait mangé un autre chien !
Ô Ô Ô Ô OOOOO ! le choeur des clients effarés est parfait !
Si vous voulez voir l’autre chien … tout en dévoilant la peluche fraîchement sortie de la douche.
     AAAAA ! reprend la chorale traduisant le soulagement général.
Ite missa est, OLAF ne récidiva pas comme cannibale, PIKATCHU ou un de ses frères passa en machine, et tous furent soulagés.
QUI VEUT GAGNER DES MILLIONS ?
Ce jour là la salle d’attente était très calme, survint un iroquois, non pas un un vrai avec la plume, l’arc et le carquois, non juste un gitan pur jus, bien cuivré, pas le gitan à mercedes classe S, plutôt le gitan à fourgon mercedes, un peu dépenaillé, un peu crasseux mais avec un sourire sympathique au coin des lèvres, et un coquelet sous le bras.
Docteur, est-ce que tu pourrais soigner mon coq ? il a la patte cassée ! mais j’ai pas beaucoup d’sous …
Et de nous montrer coincé sous son bras un beau coq encore plus cuivré que son maître, pas bien gros (le coq), mettons un kilo, les barbillons et la crête dans un rouge carmin, le regard curieux, les mouvements de tête rapides mettant en valeur le glissement de ses plumes comme les cartes dans les mains des prestidigitateurs.
En clair un coq à peine plus gros qu’une pomponette, vous savez ces poulettes demi-portion.
Par contre sa patte est bien cassée, aucun doute, nul besoin de radiographie.

Trois gratti-gratta sur le crâne pour stimuler quelques neurones (pas besoin d’IRM notre main droite sait retrouver les dix sept neurones encore fonctionnels et les réveiller) , en quelques secondes nous assemblons sur la table la panoplie du Docteur Mac GYVER, sparadrap, attelles-cotons tiges et abaisse langue en bois .
Zou, c’est dans l’axe, la fracture est réduite, quelques tours d’élastoplaste et notre poulet redécouvre une bipèdité plus stable.
Vu la rapidité de l’intervention, l’absence de tarif prédéfini, la bouille sympathique des deux oiseaux rares, nous tendons au propriétaire un flacon de produit polyvitaminé-avec-oligoéléments-qui soigne-tout .
Donnez lui ça, cinq gouttes par jour dans le bec, et de la coquille d’oeuf broyée, il consolidera plus vite et vous lui enlèverez l’attelle après trois semaines de repos, mettez le au calme dans une cage à lapin par exemple, voilà ça fait 12.50 francs, la maison vous offre la consultation !
Le reste des produits je peux le donner aux autres ?
Ouais, ouais, avec ce produit vous avez un œuf par jour et par poule !
Je peux rien leur donner d’autre ?
Devant un consommateur aussi intéressé nous démarrons plein pot au chapitre : vermifugation des volailles et terminons schéma à l’appui avec : la coccidiose comment la maîtriser !
Notre gitan quitte la clinique le coq réparé sous le bras et la panoplie du parfait éleveur de basse-cour moderne.
Trois ans plus tard nous retrouvons notre iroquois en migration à l’entrée de la clinique, le look n’a pas changé, la crasse est d’origine mais à la main cette fois-ci il tient trois étiquettes douteuses mais reconnaissables : le but de sa visite est de refaire les stocks des médicaments délivrés trois ans auparavant.
L’oeil complice il nous fait signe :
La même chose docteur !
Les trois produits mis sur le comptoir, le clin d’œil de ceux qui se comprennent :
Vous avez vu ça marche ces produits !
Lui se penchant sur la banque d’accueil après un léger regard à droite et à gauche et par sécurité la main droite à côté de la bouche au cas où les agents de la DGSE liraient sur les lèvres :
Docteur, vous m’avez fait gagner des millions !
Ah ! bon ????
Vous vous souvenez de mon coq qui avait la patte cassée ?
Mensonge de circonstance :oui, oui !
Sa patte s’est bien recollée, mais il est resté petit mais avec vos vitamines c’est un costaud ! Alors il paraît pas, mais dans les combats il les sèche tous, ah ! ça dure pas longtemps, un champion, il m’a fait gagner des millions !
Devant notre air dubitatif
Vous savez nous on parie avec des billets de 500 francs et comme il est petit personne ne le donne gagnant ! il m’a fait gagner des millions !
Dans ses yeux écarquillés de bonheur nous voyons le reflet des nôtres stupéfaits …
Et voilà comment nous sommes devenus vitamines-dealer pour les coqs de combats !
Le collant de la voisine
Laïka est une caniche noire, une de ces chiennes qui ont du peps, des dons de communication avec les humains, de ces chiennes qui ne laissent pas indifférents et si jamais quelqu’un l’ignorait, en marseillais » si quelqu’un ne la calculait pas ! » elle se chargeait par quelques pitreries de capter son attention.
Autant laïka est agréablement survoltée, autant son maître, grand célibataire retraité semble toujours au ralenti, l’humeurostat très souvent réglé sur morose, parfois même sur taciturne.
Ce jour là pour laïka pas de 360°, pas de laisse dans la gueule, pas de sourire, son fouet est lui habituellement réglé sur « métronome de compétition » , mais aujourd’hui il est est bas, inerte, ses yeux si pétillants sont mats, éteints, les piles DURACELL semblent usagées ou alors laïka copie son maître ?
Bonjour, OUH là, ce n’est pas la grande forme Laïka !
Ah ! Docteur ça fait deux jours qu’elle vomit, et même quand elle n’a plus rien à vomir, elle vomit quand même ! Avec des petites traces de sang parfois.
L’examen clinique de laïka confirme qu’il est temps de s’en occuper, elle est deshydratée, son œil s’enfonce dans l’orbite, sa température est déjà descendue à 36°5, son ventre est douloureux et à la palpation nous déclenchons des nausées !
Le comptage des globules blancs ( la numération formule, NF en jargon médical ) est à 35000 globules blancs par ml, au lieu de 10000, la cote d’alerte est atteinte.
Quelques minutes plus tard nous essayons de faire parler la radiographie sur le négatoscope :
Bien, je vais hospitaliser laïka tout de suite pour la réchauffer, la perfuser pour la réhydrater, j’ajoute des antibiotiques car je suspecte une péritonite ! selon l’évolution je vais peut être pratiquer une chirurgie pour aller voir directement ce qui ne va pas !
Vous voyez ses anses intestinales gonflées sont en grêve, je ne vois pas de corps étranger mais si jamais c’est une chaussette ou une ficelle ou une tétine de biberon, cela ne se voit pas à la radiographie !
Et un collant docteur ça se verrait ?
Non, c’est pareil nous ne pouvons pas le voir à la radio !
Alors faut ouvrir de suite et aller voir docteur, je vous la confie !
Ravi d’avoir convaincu aussi rapidement le propriétaire que la chirurgie exploratrice était nécessaire nous mettons laïka en soins intensifs.
Quelques heures plus tard laïka n’apparaît plus que sous forme d’un rectangle rose, son ventre, entouré de champs opératoires verts d’où émergent quelques tuyaux et dans le calme de la salle d’opération.
L’ouverture de l’abdomen nous permet de confirmer que par solidarité le tube digestif qui n’a jamais si bien porté son nom a pris la couleur violette des conjonctives de l’oeil, les intestins sont gonflés, ramassés, comme emmélés.
Après quelques palpations exploratrices douces, il n’y a plus de doutes, il y a bien quelque chose dans l’estomac ET dans l’intestin !
Un coup de lame de bistouri dans l’estomac permet à une pince mousse de se saisir en aveugle de l’objet qui s’extériorise laborieusement, entouré de compresses chargées de capter les fuites …
UNE JAMBE de COLLANT en nylon ramassée sur elle-même est transformée sur le champ d’un coup de ciseau en bas nylon solitaire !
L’estomac est refermé avec précaution, il faut de l’étanchéité !
Et c’est reparti parce que l’autre jambe a tenté le grand écart, et le pied a bien parcouru 70 cm d’intestin mais impossible de tirer dessus pour l’extraire, il faut savoir que l’intestin a passé quelques jours à faire des allers et retours sur cette corde de nylon, comme si vous faisiez glisser le linge de droite à gauche sur le fil quelques centaines de fois, cela dé-cou-pe !
C’est donc un intestin recousu en pointillés que nous réintroduisons dans l’abdomen de laïka au bout de quelques vingt minutes laborieuses, le puzzle du collant parfumant la pièce, pour la couleur rien n’a changé… il était marron d’origine !
Le lendemain laïka remonte la pente et réclame son premier repas, quelle vigueur !
Son propriétaire venu la voir est satisfait, mais semble peu étonné par la découverte du collant.
Dites-moi, monsieur, pour le collant, vous saviez qu’elle l’avait mangé ?
Embarassé : Non, mais enfin je le supposais quand même, elle mange n’importe quoi ! alors comme j’étais allé rendre visite à une voisine et … et … et qu’on n’avait plus retrouvé son collant !
Laïka est rentrée chez elle avec son maître et nous sommes restés à imaginer: pourquoi donc la voisine avait-elle enlevé son collant ?
Le chiot ROWENTA
Cette soirée de garde avait commencé de la manière la plus classique avec ses appels téléphoniques farfelus, ses véritables urgences, ses drames, ses peines qui habituellement sont dilués dans l’activité diurne normale de la clinique, mais se concentrent sur le soir.
Le téléphone nous fait sursauter dans le calme de la clinique où ne subsiste à vers minuit que le chuintement de la VMC, la ventilation de l’ordinateur, les cycles automatiques réguliers des auto-analyseurs …
DRRIIINNNGG DRIIINNGGG
Allo, Clinique vétérinaire de garde, bonsoir !
AAAAAYYYAAA AAAYYYYAAAHHHH DOCTEUR , DOCTEUR AAYYYYYAAAAAYYYYAA, VVVIIIIIIIIITTTTEEE DOCCTTTEURRR VVIIIIIITTTE !!!!!!!!!!!!!
ça réveille ! et encore ! vous n’avez pas vu l’onde de choc de ces cris percutant notre tympan et qui par transmission de mouvement nous ont fait bondir sur la chaise et sortir les deux yeux de l’orbite ! ça réveille !
DOCTEUR AAYYYYYAAAAAYYYYAA, VVVIIIIIIIIITTTTEEE DOCCTTTEURRR VVIIIIIITTTE !!!!!!!!!!!!! ( pratique le copier coller !)
Nous ne pouvons pas vous restituer non plus l’accent, le brouhaha général, les cris, les hurlements, mais habitué aux urgences notre analyse est formelle : un chameau a du se blesser sur la place du marché de Marrakech à une heure d’affluence !
OH ! OH ! calmez vous ! qu’est ce qui se passe !
VIIIIIITTTEE DOCTEUR ! FAUT VENIR VIIIIITTTE ! IL VA MOURRRIIIRRRRR ! AAAAYYA AYA AYAYA !
OH ! OH ! on se calme ! expliquez moi ce qui se passe !
OH là là, c’est terrible ! c’est un grand malheur ! il va mourir ! HASSAN touche pas, tu vas le tuer ! (le mélange de phrases qui nous sont destinées et celles d’autres acteurs n’améliore pas notre compréhension !)
Allo ! qui peut me dire calmement ce qui se passe ?
Docteur li chien il est rentré dans l’aspirator !
Quoi ?
Oui li p’tit chien y cherchait sa mère et y l’est rentré dans l’aspirator !!
Attendez, quel chien ? quel âge ? quel aspirateur ?
AAAYYYYAAAHHH! !! DOCTEURR, y bouge encore ! faîtes quelque chose !
Mais merde ! Vous allez vous calmer et m’expliquer !
j’ai une chienne york qui a fait des petits et OUUIILLOUUILLOUU en cherchant sa mère il est rentré dans l’aspirator !
Mais par où ?
Mais par la poignée, elle était par terre, OUIILLOULLLOU il bouge encore, mais faîtes quelque chose !
Commençant à deviner la situation :
Il n’est pas rentré complétement ?
Non ! la tête et les pattes, mais y pousse derrière, y va y arriver !! aïe ! aïe ! aïe !
Mais prenez le avec la main et sortez le de là !
Non ! j’peux pas j’vais l’casser ! hassan touche pas !
Madame je vous dis de le prendre à la main, il ne va pas casser!
et là ayant imaginé la situation et pour libérer le stress des dernières minutes nous ajoutons perfidement :
De toute façon, vous n’avez pas le choix, ou vous tirez dessus, ou vous démarrez l’aspirateur et vous le récupérez dans le sac à poussière !
Doucement Hassan, doucement, ne le casse pas !
Le voilà, ça y est ! il est sorti ! inch allah, merci, merci docteur !
Reste à lui trouver un nom … Rowenta ? Miele ? Tornado ?

Titi sans Rominet
Mademoiselle BOITET est retraitée, ses matinées sont intégralement consacrées aux soins de ses différents protégés et il est parfois difficile de donner un nom à ses troupes à cause de leur diversité; il y a un soupçon de ménagerie, cela tient aussi du cirque, souvent d’un refuge et Noé aurait pu trouver une associée.
Ce jour là Mlle BOITET entre toute guillerette dans la salle de consultation, mon regard doit traduire mon étonnement, je cherche à droite, à gauche, pas de laisse, pas de panier, pas de boîte ???
Docteur, soignez-vous les canaris ?
Oui, bien sûr !
Je peux vous montrer TITI ? Vous ne vous moquerez pas de moi ?
Non, vous pouvez l’amener, mettez-le dans une boîte en carton avec des trous pour la circulation de l’air …
Pas la peine ! je l’ai là !
Et devant mes yeux passés en « plein phare » mademoiselle BOITET sort de son soutien-gorge le TITI que nous avons tous vu un jour dans les dessins animés après une explosion, tout nu ! Trois plumes sur la tête, tout rose ! Et de mettre ce moineau prêt à cuire sur son épaule, celui-ci secoue ses plumes absentes, déplisse sa peau et s’intéresse de ses yeux ébahis à ce nouvel environnement.
Nos yeux rivalisent d’étonnement avec les siens …
Cela fait un an qu’il a perdu ses plumes et ça ne repousse pas, je le mets là au chaud, ça lui plait ! il est très vieux, auriez vous quelque chose pour qu’il se remplume ?
Nous nous grattons quelques plumes, ou quelques cheveux sur le crâne …

Il mange bien ? (cela permet de rassembler quelques idées …)
Très bien docteur ! et quand il a soif regardez : et mademoiselle BOITET amasse un peu de salive entre ses lèvres comme pour cracher puis tourne la tête vers TITI et celui-ci se met à se désaltérer de salive par petits coups de becs … nous nous contentons de respirer lentement bouche ouverte …
Quelques instants plus tard notre TITI nudiste réintégra le giron de sa maîtresse.
En repensant à ces deux mamelles, nous nous demandons toujours s’il n’avait pas fait exprès de perdre ses plumes le bougre !
Le hamster de deux heures du matin
Le système de garde est quelque chose d’indispensable car il existe de vraies urgences médicales ou chirurgicales, par contre le service est souvent détourné par certaines personnes qui trouvent ainsi un » service à toute heure » sans considération pour le vétérinaire qui ajoute à son emploi du temps une nuit d’activité, et qui reprend le lendemain ses consultations » presque » comme si rien ne s’était passé.
Le stress de l’attente des coups de fils, l’indiscipline des clients, la complexité des interventions, la réquisition de la famille en « assistance technique et téléphonique », le manque de sommeil, tout cela se superpose pour rendre ce travail épuisant.
Cette nuit là avait apporté son lot d’activité disparate et nous avions rejoint l’horizontale vers une heure du matin, prêt à repartir au front au moindre appel, le téléphone sans fil à portée de main, le cerveau somnolent, pas endormi, juste au ralenti comme une voiture arrêtée au feu.
DDRRRRIIINNNNGGG ! Eh oui cela fait quelques temps que les téléphones ne font plus dring dring mais c’est plus facile à restituer que la sonnerie sans âme de notre instrument de torture.
Allo, bonjour, service de garde, que puis je pour vous ?
Bonjour, ici le service des urgences de l’hopitâl de Martigues, vous êtes bien le vétérinaire de garde ? nous aurions besoin de vous !
OUAIS, si je peux vous être utile, dîtes voir ...( ne pas trop parler, la bouche est au repos et l’élocution difficile au réveil, nous suspectons nos mandibules de profiter de notre sommeil pour se relâcher, méfi ! )
Voilà nous avons en consultation une dame avec son hamster, on n’y connaît rien, c’est pour cela qu’on vous appelle !
…
Passez là moi !
La dame,
Bonjour Docteur j’ai mon hamster malade est-ce que je peux vous le montrer ?

Oui, bien sur, ( dissuasif ) mais je tiens tout de même à vous préciser que la consultation de garde est à 300 francs, comme pour les chiens et chats, je n’habite pas sur place et …
Non mais il n’y a pas de problème, j’arrive !
Un quart d’heure plus tard, aprés avoir ouvert la clinique nous faisons entrer une maman acompagnée de son petit bout de chou de quatre ans tout endormi, suçotant son pouce et son doudou crasseux, la procession précédée de la boîte à chaussure-corbillard noire percée de ses trous d’aération.
Nous soulevons doucement le couvercle du cercueil, enfin non pas encore, le couvercle de la boîte et nous découvrons parmi les masses de coton un petit hamster doré aux yeux comme des myrtilles, en pleine activité exploratoire, ne semblant pas traumatisé par cette virée nocturne.
Sur son flanc, grosse comme une olive, une masse nécrotique bourgeonnante couverte de plages noirâtres !
examen, palpation, réflexion …
Madame, votre hamster a une tumeur cutanée mais qui a déjà quelques jours, il faudrait l’enlever, mais je ne peux pas le faire à cette heure-ci !
Oh oui ! ça date bien de deux mois mais mon fils pleurait quand je lui ai dit hier soir que son hamster allait mourir, comme il ne se calmait pas je lui ai dit qu’on allait aller voir le docteur !
Surtout rester zen, respirer, sourire …en même temps comme dans tintin il y a un petit diablotin qui nous dit « VENGEANCE, VENGEANCE ! »
Voilà madame, asseyez vous, nous allons soigner votre hamster.
Une ordonnance :
conium maculatum 5 CH toutes les trois heures
phytolacca decandra 5 CH en alternance
thuya 7 CH tous les trois jours …
Incapable de faire une quelconque remarque à cette cliente d’une autre planète sur son attitude, n’ayant présenté aucune excuse, aucun remerciement, désabusé nous terminons la consultation. Ô tempora Ô mores …
La procession repris le parcours inverse précédée du catafalque et nous prenons le chemin qui mène à Epeda …ou a un de ses cousins matelas. Ô Epeda Ô dormir …
Quinze jours plus tard, deux heures du matin, la maison est réveillée par le téléphone :
ALLO ?
Docteur ?
Oui, que se passe t il ? je ne suis pas de garde !
Non j’ai gardé votre numéro, vous savez, je suis la dame au hamster, celui qui avait une tumeur sur le flanc, il va mieux ! elle a diminué de moitié !
Tant mieux, mais faîtes moi plaisir, laissez moi dormir !
Décidément comme disait l’autre : « nous n’avons pas les mêmes valeurs ! » oui mais nous en aurions bien fait des rillettes de cette dame et de son hamster !
ROXANE était une chienne berger croisée de 14 ans et 38 kg pour laquelle nous venions de trouver successivement deux tumeurs trés graves, l’une située sur un membre antérieur, ayant nécessité une amputation, l’autre touchant un lobe pulmonaire qui venait lui aussi d’être enlevé.
Sa propriétaire Madame HERBINIER très motivée savait qu’ensuite ce seraient les séances de chimiothérapie mais que c’était le seul moyen de prolonger ROXANE, puisque chacune de ces tumeurs totalement indépendantes s’accompagnait d’un pronostic sombre avec un maximum de 4 mois de survie si l’on ne tentait pas la chimiothérapie.
Le pari fût gagné ROXANE vécût 18 mois de plus.

Ce dimanche là nous avions donné rendez-vous à Madame HERBINIER à 11 heures du matin à la clinique pour faire les soins et pansements qu’il était difficile de réaliser seul surtout que la propriétaire étrennait ses prothèses de hanche !
Venez à onze heures, j’aurai fini mon footing et fait les soins aux animaux hospitalisés
Bien sur, onze heures, personne, onze heures trente, personne, appel au domicile de Madame HERBINIER, personne ! impatience, énervement …
11h 45, ras le bol, fermeture de la clinique et … Madame HERBINIER arrive …
Mais que faisiez vous ? je vous avais dit onze heures parce que j’ai des invités à midi !
Excusez moi docteur mais quand je suis sortie ce matin on m’avait crevé les quatre pneus de la voiture, alors, le dimanche vous comprenez avant de trouver un garage qui m’en remonte quatre …
Bon, la tension baisse, ROXANE reçoit ses soins, nous la remettons dans la voiture avec les souhaits d’un bon dimanche.
Madame HERBINIER redémarre, moteur à 4000 tours, mais la 205 reste sur place !
rester calme, respecter les anciens, nous lui faisons signe de baisser la vitre …
Mettez la marche arrière !
Elle est mise docteur, mais elle a du mal à partir ces jours ci !
AAAHHHH ! le parfum âcre d’un embrayage moribond entoure la voiture qui a tout de même reculé de vingt centimètres !
STOP ! arrêtez tout, vous ne pouvez pas rentrer à Martigues par l’autoroute comme cela ! votre embrayage est mort !
De plus en plus énervé par ce contre temps nous allons chercher notre voiture personnelle et HOP, ROXANE, Madame HERBINIER sont embarqués et c’est parti pour Martigues !
Durant le trajet pour faire chuter la pression et écourter les lamentations de Madame HERBINIER, nous lançons en plaisantant :
Eh ben dîtes donc, entre votre opération, les tumeurs de ROXANE, les pneus de la voiture, maintenant l’embrayage, il va falloir faire venir le marabout ou le curé avec le sel et l’eau bénite !
Arrivés à destination, ROXANE dans les bras, Madame H nous ouvre son appartement pour déposer la malade et nous nous retrouvons devant un petit autel, avec sa petite nappe brodée, bordé par des bougies, un crucifix, une photo de ROXANE …et une furieuse impression que nous aurions du fermer notre gueule !
Le singe sous les tuiles
La profession de vétérinaire nous amène parfois à croiser des hurluberlus qui n’hésitent pas à franchir les limites de sécurité avec une candeur qui nous amène à penser que leur survie tient finalement à beaucoup de chance.
Un nouveau client se présente un jour en consultation, jean, blouson de cuir fermé, lunettes, rien de particulier si ce n’est qu’il n’est accompagné d’aucun animal !
Vous soignez les reptiles ?
Oui, je ne suis pas un spécialiste mais je connais les rudiments et j’ai une bonne documentation …
Ouvrant son blouson de cuir, le client, Mr POIRIER sort un serpent ( non identifié ok mais il n’avait pas ses papiers ) d’un bon mètre mais maigre, à la peau mate, à l’oeil terne et enfoncé et aux mouvements ralentis.
Un rapide examen clinique nous permet d’affirmer à l’amateur curieux que tenant compte d’un carême entamé il y a trois mois et au vu de la stomatite purulente, de la maigreur, de l’état de déshydratation de l’animal le pronostic se situe entre très mauvais et catastrophique.
Trés motivé pour une hospitalisation nous l’orientons vers un confrère spécialiste de NIMES, mais selon la formule, le malade décéda pendant son transfert au niveau de LA MEDE, sûrement à cause des odeurs …
Quelques jours plus tard Mr POIRIER nous amène un magnifique faisan du Népal pour un problème de diarrhée, je découvre à cette occasion que ce client n’a pas plus de connaissance sur cette espèce que sur les serpents. Ouf ! je suis allé deux fois au Népal et je soigne quelques milliers de faisans pour les lâchers de la chasse.
Vous comprenez docteur je suis en train de monter une société pour présenter des animaux dans les écoles ( GASP ! ) c’est l’avocat qui s’occupe de mon divorce ( là je comprends sa femme ) qui s’occupe des statuts … je lui parle de » certificat de capacité » tout en pensant » certificat d’incapacité » !
Une semaine plus tard c’est avec un carton énorme bruyant et agité de soubresauts que ce client pénétre en salle de consultation.
Docteur je voudrais savoir si je me suis fait avoir, dites moi si c’est un varan du nil ou un komodo et si c’est un mâle?
Je soulève un sourcil et un des pans cartonnés du couvercle et je me trouve face à un lézard de compétition, dans les 60 cm, le bruit provient des crissements de ses griffes sur le carton et surtout des violents coups de queue assénés contre les parois, mais si les chiens remuent la queue lorsqu’ils sont contents, là son sifflement et sa bouche grande ouverte en forme de bénitier traduisent un message opposé, de plus contrairement au serpent vu il y a un mois il semble bien équipé en Duracell !
Pour ses griffes elles me rappellent les serres de la dernière buse que j’ai soigné !
Je referme prudemment le carton et me lance cette fois dans des explications savantes sur les importations d’animaux, le CITES, lui me répond qu’il a trouvé une filière pour avoir une panthère noire via Monaco … normal pour montrer dans les écoles !
Quinze jours plus tard, le même …
Docteur, vous coupez les canines des singes ?
Mais faut pas les couper ! Pourquoi voulez-vous que je coupe des canines à un singe ?
Hier j’ai vu un cirque qui montrait un singe dans une cage minuscule, derrière une grille, je leur ai dit que c’était déguelasse de se comporter ainsi avec les animaux et je leur ai acheté 3000 francs !
HEIN !
Ils viennent de me le livrer, il a un collier avec deux chaînes, un gars de chaque côté tenant une chaîne, ils l’ont attaché à mon pommier et ils sont partis …
Mais c’est dangereux ! s’il se détache ! ne vous approchez pas, il va vous mordre !
ben, c’est pour cela que je voudrais que vous lui limiez les crocs, il m’a déjà mordu ! pourtant on avait commencé à se comprendre, je faisais comme lui, je sautais autour de mon pommier en me tapant sur la poitrine, je vais apprendre à parler singe et je vais l’apprivoiser …
Un petit croquis pour convaincre mon client de ne pas faire limer ou arracher les canines de son singe et quelques conseils pour l’orienter vers un refuge pour primates …
Quelques jours plus tard …
Clinique vétérinaire de garde, bonsoir, que puis-je pour vous ?
Ici les pompiers de MARIGNANE, nous sommes en intervention sur GIGNAC, un singe s’est échappé et réfugié dans une maison où il casse tout ! Son maître est sur le toit de la maison et saute sur les tuiles car le singe essaie de s’échapper en les soulevant !
Attention ! Ne vous approchez pas le propriétaire est aussi dangereux que l’animal ! La seule solution c’est la télé-anesthésie !
Nous avons une équipe qui arrive sur place avec l’équipement je vous appelais pour savoir si nous pouvions vous l’amener après sa capture ( GASP ! )
Non merci ! Voyez avec le zoo de la BARBEN, mais je ne suis pas équipé, il serait capable d’ouvrir mes cages de l’intérieur.
J’appris plus tard que malheureusement ce singe ne s’était pas réveillé suite à son anesthésie.
Nous n’avons plus entendu parler non plus de son dernier maître, peut être a-t-il voulu apprivoiser la panthère noire … viens mimine, viens …
FLORENCE était fusionnelle avec ILTON son dogue allemand, sa passion, son confident, son amour, son fils !
Si ILTON avait eu besoin d’une transfusion, nous aurions pu sans problème prélever du sang à sa maîtresse, il ne pouvait pas y avoir d’incompatibilité, impossible, les deux complices ne vivaient que l’un pour l’autre ! de toute façon Florence aurait offert son bras à l’aiguille sans discussion !
ILTON à huit ans agissait toujours comme un chiot, son égérie réagissait comme une ado, deux piles!
ILTON faisait le timoré et le douillet, FLORENCE jouait la dure et la teigneuse …
Si l’amour ne dure que trois ans, notre couple hétéro d’espèce ne comptait pas le temps qui passe, ILTON faisait le « cacou », Florence faisait la « cagole », jamais de laisse, le fouet toujours en mouvement pour lui, FLORENCE poursuivant l’artiste la serviette à la main pour récupérer les postillons géants qui maculaient son environnement.
Ce soir la FLORENCE avait lancé un SOS : ILTON était malade !
Bonsoir, que lui arrive-t-il à ILTON ?
Vé peuchère j’en sais rien, vous allez me le dire ! je suis rentrée du boulot et il était pas bien ! Alors j’ai téléphoné !
Bon pour les commémoratifs, je me contenterai de cela …
L’examen clinique méticuleux, couleur des muqueuses, température, auscultation, palpation, réflexes ne dévoile aucune piste, tout est normal !
Mon fils, qu’est-ce que tu as, parle ! Mais ILTON reste muet …Docteur, il faut trouver !
Bon, malgré l’heure tardive, nous lançons une numération formule sanguine, RIEN ! Un contrôle des paramètres biochimiques classiques, RIEN !
Écoutez FLORENCE je ne trouve rien qui cloche, je propose d’en rester là en attendant que quelque chose se précise …
Il ne va pas mourir ?
Non, non, tout va bien !
Une petite addition et pendant que FLORENCE s’applique à la rédaction de son chèque, nous amorçons la phase de décompression qui suit régulièrement la sortie du dernier client et pour meubler le silence, tout en regardant ILTON qui est déjà orienté vers la porte,
Non, non, tout va bien … à part que pour une fois il n’a pas repeint mon plafond avec sa bave !!!
Aussitôt c’est l’évidence, c’est cela qui cloche ! EUREKA ! ILTON n’a pas repeint mes locaux !
Nous sommes habitués, à chaque examen ILTON reste sage et concentré, mais dés que le stéthoscope est posé, l’urine prélevée ou le sparadrap posé sur sa veine il se fait un petit tour de pièce de décontraction ( eh! oui un chien de 70 kg s’examine mieux au sol )
Habituellement ce tour de piste s’accompagne d’un ébrouement de la tête à la queue avec claquement des babines et comme le stress fait saliver … par la force centrifuge des virgules de bave gluante ponctuent son parcours.
Nous ramenons la tête de ILTON dans le mouvement habituel qu’il pratique pour se lécher les fesses, à droite, à gauche, WAOUH!
ILTON a hurlé, le cri est aigu, ça y est nous avons le diagnostic ! une douleur cervicale ! l’équivalent d’un torticolis, pathologie fréquente chez les dogues qui ont une grosse tête, un cou long, un gros balancier !
OUF, le couple repartit rassuré avec quelques anti-inflammatoires.
FLORENCE finit par avouer que le seul symptôme finalement qui l’avait alarmé c’était que ILTON ne lui avait pas fait la fête comme d’habitude !
il l’a voulu, il le garde !
Week end de garde le jour de Noël, affluence ! urgences ? négligences ?
Les personnes qui fréquentent alors la clinique viennent de tout le voisinage, parfois habitant à plus de 30 km ! les contacts commencent le plus souvent par un balisage pour nous trouver.
A ce stade il y a déjà du folklore, il y a ceux qui n’ont rien pour noter, les adeptes du radioguidage qui vous disent » je vous rappellerai quand je serai dans votre commune », ceux qui nous rappellent quand ils sont dans la commune « ne quittez pas je passe la seconde, … je vois un arrêt de bus, je viens de passer devant un garage, c’est par là ? etc » , ceux qui ont bien noté mais confondent la droite et la gauche, ceux qui connaissent la commune mais ne sont pas venus depuis trente ans ! et surtout il y a ceux qui ne viennent pas ! parce que à deux minutes prés ils auraient pu aussi économiser la communication « il mange plus depuis huit jours, ne boit plus, n’urine plus, ne bouge plus, ne respire plus, c’est grave docteur ? faut qu’on vous l’amène ? «
YOUKI est sage, soumis, un tiers de fauve de Bretagne, un tiers d’épagneul breton, un tiers de crêpe de sarrasin pour la couleur, il se laisse examiner sagement, ausculter, palper, prendre la température.
Les propriétaires de YOUKI sont de toute évidence retraités , ils le présentent le jour de Noël pour des vomissements …
depuis quand vomit-il ?
six mois docteur.
cela s’est aggravé ces jours ci ?
non !
il ne mange plus ?
non !
Impossible de comprendre ce qui a déclenché le besoin de consulter ! la dinde n’était pas assez cuite ? les petits enfants trop bruyants ? ils ne supportent plus michel DRUCKER ? ou le père Noël leur a remis un chèque cadeau ?
Aprés quelques questions sur la consommation d’herbe, les horaires de vomissements, la consommation d’eau etc nous décidons de réaliser une radiographie du tube digestif.
Cliché, développement et avec stupéfaction nous découvrons les images d’un collier insecticide entier avec sa boucle, épousant la courbure de l’estomac de YOUKI !
Nous présentons fièrement le résultat de nos investigations sur le négatoscope de la salle de consultation.
Voilà je vous fais un mot pour votre vétérinaire habituel qui procédera à son extraction dans la semaine, appelez le demain il vous donnera rendez vous, en tout cas il l’a avalé entier et s’il est là depuis six mois il doit être durci !
il l’a voulu, il le garde !
La sentence est tombée, nous restons bouche bée, stupéfait !
le maître reprend : c’était un collier tout neuf, il l’a bouffé au bout d’une semaine, c’est pour cela qu’on l’a pas retrouvé ! qu’il le garde !
Mais monsieur, c’est dangereux, il fait une gastrite chronique, cela peut lui perforer l’estomac, il n’arrivera pas à l’expulser ni dans les selles, ni dans les vomissements !
j’men fous ! paye SUZANNE !
SUZANNE paye, je leur tends la radio dans une enveloppe et le mot pour leur vétérinaire qui ne le lira jamais …
Pauvre YOUKI … il n’est pas le seul à avoir la nausée et pourquoi étaient ils venus consulter le jour de noël ?
J’ai toujours eu des problèmes avec l’administration !
Un client qui s’appelle SADIK, ça ne s’invente pas ! ne riez pas c’est un prénom turc !
Sadik élevait des moutons, bien que élevait ne soit pas le bon mot car ses talents d’éleveur étaient très limités, il s’occupait dirons nous de quelques brebis cachectiques hors d’âge, avec lui tout était de réforme, les animaux, les locaux, il abritait ses bêtes dans d’anciennes serres, tunnels recouverts de plastique, trouées de partout, dégoulinantes de condensation, avec un puzzle de palettes de bois assemblées avec des ficelles pour séparer les moutons, et l’accumulation de litière avait comme triple conséquence de diminuer le volume utile aux animaux, d’augmenter le dégagement d’ammoniaque et de multiplier les mouches ce que les hirondelles avaient trouvé génial car cela leur permettait en un passage longitudinal de la serre de faire le plein d’insectes !
Les effectifs du troupeau variaient en fonction des fêtes de l’aïd el kébir et quelques ficelles toujours pendues aux armatures de la serre révélaient quelques parties de jambes en l’air ovines et funestes !
Ce jour là un appel de Sadik interrompt nos consultations:
Docteur, dis leur que mon troupeau est vacciné, dis leur que tu fais les prises de sang ! ils veulent pas me croire, ils m’ont mis les bracelets ! tiens j’t’y l’passe !
Allo, lieutenant de gendarmerie BERNARD
Zut c’est pas une blague ! nous confirmons que le troupeau de Sadik est bien déclaré, que les bêtes font l’objet d’analyses réalisées par les services vétérinaires.
Si vous voulez appeler aux Services Vétérinaires ils vous le confirmeront !
Inutile, le directeur des Services Vétérinaires est sur place !
Etonné de tant d’attention des officiels pour notre client nous oublions l’incident.
Quelques mois plus tard Sadik débarque à la clinique dans un fourgon brinquebalant.
Alors comment ça s’est terminé cette histoire? qu’est ce que vous aviez fait pour intéresser les képis ?
Ah là là ! j’faisais rien de mal, je pâturais sur Gardanne, ils m’ont fait tuer tout le troupeau parce qu’il manquait trois boucles !
Allez, ne me faîtes pas croîre qu’on abât tout le troupeau parce qu’il manque trois boucles !
Ti’m crois pas docteur ? en plus trois mois au trou !
Et puis quoi encore ? trois boucles, trois mois en prison ? arrêtez !
Retournant prendre une liasse de papiers sur le tableau de bord de sa bétaillère:
Tiens regarde !
Nous feuilletons quelques pages en nous attardant sur les conclusions …
» hébergement de clandestins kosovars dans des locaux insalubres destinés aux ovins, ces personnes étant employées pour le gardiennage du troupeau sans être déclarées «
» précédente condamnation trois mois avec sursis pour tentative d’incendie avec un jerrican d’essence dans les locaux de la sécurité sociale de Marignane «
EH ! c’est pas la même chose, Sadik, vous avez été condamné pour l’hébergement et l’emploi de clandestins, et le sursis a été suspendu !
Ouais ! j’ai toujours eu des problèmes avec l’administration ! ! !
Au fait, qu’est ce que c’est ces histoires d’interprète ?
Ah ! tu sais devant le juge j’parle pas français, uniquement turc ! avec un petit sourire désappointé.
Et vous avez racheté des moutons ?
Oui les vétérinaires de la préfecture sont venus les voir …
Ouh là ! ils ont pas été déçus ! vous aviez fait propre ?
Non ! pas di problème ! je les ai amenés à la bergerie d’Emilio, ils n’y ont vu que du feu ! … fallait y penser … Emilio n’avait plus de moutons mais disposait d’une petite bergerie bien propre …
Le scarabée ohé ohé !
Ce soir d’été la dernière personne qui se présente à la consultation s’excuse de se présenter à cinq minutes de la fermeture mais madame SOLER qui n’est pas cliente habituelle nous explique que son vétérinaire est à dix minutes en voiture et que le temps d’arriver à sa clinique il aura fermé et comme son chien s’est mis un « spigaô » dans le nez elle nous demande de le lui extraire.
L’assistante est déjà partie, la propriétaire semble bien maîtriser son teckel crocodile et nous acceptons de lui rendre ce service.
Une auscultation rapide entre deux grognements, quelques millilitres d’anesthésique intra-veineux et nous commençons l’exploration nasale …
Pas d’ambiguité sur la narine servant de repaire à l’épillet sournois, un peu de sang sur la patte droite, les indications de la maîtresse sur l’origine et la soudaineté de l’événement nous laissent à penser que l’extraction va se passer … les doigts dans le nez …mais … mais …
Ennemi repéré à 10 heures narine droite, l’œil collé à l’otoscope rebaptisé rhinoscope à cette occasion, nous progressons entre les plis d’une muqueuse nasale congestionnée et parsemée de caillots, l’étranger doit être ou gros ou bien sec car le bougre a charcuté !
Non seulement il est étranger mais noir ! pressé de le reconduire à la frontière nasale nous rabattons les mors de notre pince de Hartmann sur les parties arrière de l’intrus, accompagnant la manœuvre d’une marche arrière douce visant à sortir un tiercé gagnant, la pince, le cône du rhinoscope, l’épillet !
Tiens, OH ! la canaille, il tient bien ? ! ? aurions nous saisi un peu de muqueuse par mégarde ?
Petit sourire pour rassurer la propriétaire impatiente du dénouement …
Replacer délicatement la pince sur l’objet, voilà, serrer, marche arrière, CRRRR … nous avons bien entendu dans le calme de la clinique CRRRR !
Notre sourire est juste un peu plus crispé, cette climatisation met du temps à rabaisser la température qui est montée d’un degré dans la salle en trente secondes …
Changement de pince, une petite giclée de sérum dans la narine pour laver le champ de bataille,
Concentration, la pince progresse accroche l’objet du délit, repli stratégique et … et … et le teckel est carrément tracté lentement sur cinq centimètres sur la table !
C’est fou ce que cette clim marche mal, il fait au moins quarante et un degrés à l’ombre dans cette pièce !
» Si vous le trouvez pas, c’est pas grave, je l’amènerai à mon vétérinaire demain » , ouh là là en plus le temps se met à l’orage, ça va péter !
Il fait maintenant 45 degrés, c’est sur ! l’œil rivé dans l’appareil nous n’avons pas répondu à l’offense, cet épillet sortira par où il est rentré, dans notre jeunesse nous avons chargé des remorques de foin alors un épillet …
CHAAARGEZ ! l’attaque est rapide, le retrait fulgurant et nous présentons fièrement dans les mors de la pince un morceau stendhalien ( oui rouge et noir … ) mais étonné, une forme, une allure bizarre, alors aussitôt une lame, et sous le microscope et là horreur, nous découvrons une patte velue et griffue !
La propriétaire est invitée à constater que l’épillet est en fait le membre postérieur d’un scarabée qui a pénétré pendant son sommeil dans la narine de son chien !
Une demi heure plus tard, deux litres de transpiration dans le tee-shirt nous installons sur une couverture notre teckel en phase de réveil libéré par désincarcération d’un encombrant locataire spéléologue représenté pour l’heure par un puzzle de 18 pièces …
OUF ! L’honneur était sauf !
Attaqué par un archéoptéryx !
Imaginez les années quatre vingt, nous avions la vingtaine insouciante et à l’occasion d’une descente du lot avec des amis en canoë nous avions repris notre vélo déposé le matin même dans une ferme pour permettre de récupérer la voiture laissée à St ENIMIE.
Il nous reste le souvenir d’une journée musicale, bercée par les clapotis d’eau le long de la coque, rythmée par les petites giclées d’eau accompagnant la valse des pelles qui sortent de l’eau, quittant la rivière dans un dernier tourbillon pour revenir aussitôt bénir la vague d’étrave comme par un coup de goupillon généreux, puis replongeant rageusement, à droite, à gauche, à droite, à gauche, l’imagination s’emballait, le rameur se glissait dans la peau du trappeur BLEK le ROC ( Indiana Jones n’était pas encore né ! ), la nature se faisait plus sauvage, les hérons préféraient s’écarter, fuyant d’abord deux cents mètres plus loin, puis encore deux cents mètres, puis méprisants remontant en amont à la case départ en survolant le cours d’eau !
A chaque accélération de la rivière nous décernions le titre de « rapide », parfois les poissons nous narguaient en sautant hors de l’eau, alors nous nous vengions en les dérangeant lorsqu’ils étaient en train de prendre le soleil dans les zones de calme, semant la panique dans le club des gardons ce qui provoquait un démarrage brutal d’un violent coup de nageoire caudale soulevant un champignon de boue …qui restait en suspension quelques instants.
Les bras fatigués, le dos courbatu, les yeux rougis nous avions repris le vélo sur ces petites routes du lot, il fallait faire vite, la nuit tombait, alors les mains bien accrochées aux « cocottes » BLEK le ROC s’était transformé en POULIDOR ( eh ! oui BATMAN était pas encore né ! ) , la musique changeait, c’était le friii, friii, friii, friii des pneus dans les passages en danseuse, les hésitations de la chaîne mal alignée après un changement de vitesse, tic, tic, tic, tic, tic ( vous l’aviez deviné monsieur SHIMANO était encore au biberon ) , parfois le rythme respiratoire réécrivait la partition du chant des partisans ou du » que ma joie demeure » de MOZART, tous d’anciens cyclistes nous en sommes persuadés !
Le balisage blanc pointillé du milieu de route ( Zone de dépassement autorisé pour nos gendarmes ) concentrait les nuées de plusieurs milliers de moustiques et moucherons dans des ascendances de deux mètres de hauteur, que nous traversions toutes dents serrées et les yeux plissés et seuls quelques imprudents étaient relâchés quelques mètres plus loin alourdis du sel d’une grosse goutte de sueur ou accompagnés d’un jet de salive.
De temps en temps c’était un groupe de bovins massés en bord de route qui détallait surpris par l’arrivée imprévue de ce cycle rapide ( le TGV n’était pas encore sur les rails ), les odeurs étaient exacerbées, le bitume avait perlé, les températures se contrastaient selon la végétation qui borde la route, selon les pierres, selon les arbres, la terre rayonnait la chaleur qu’elle avait stocké pendant la journée.
Et toujours la tête dans le guidon, et les jambes tournaient, le vent de la vitesse séchait les gouttes de sueur sur notre front et c’est ainsi que nous sommes entrés dans une petite forêt, la sortie n’était qu’à cinq cent mètres, visible au loin, mais un petit frisson nous parcourut le dos, les pupilles se dilatèrent, il faisait plus frais, mais aussi plus sombre, difficile de voir dans le fossé, difficile de fixer son regard sur quelque chose entre les arbres, en quelques secondes nous étions passés dans un univers noir et blanc, ( ben oui la télé couleur c’est pour plus tard ! ) noire le forêt, noire la route, et en levant les yeux seul le ciel nous apparaissait gris clair, et les jambes tournaient sans interruption, la sortie de la forêt se rapprochait…
C’est dans cette atmosphère angoissante que notre attention fut attirée par un bruissement, en tout cas un bruit insolite et c’est effaré que nous avons aperçu dans une fraction de seconde, quelques mètres au dessus des arbres et de notre tête un oiseau gigantesque tout noir, dix mètres au moins de large, les ailes découpées comme les chauve souris et cet animal venait de nous survoler silencieusement à grande vitesse !
HINAULT ? INDURAIN ? ZOOTEMELK ? non aucun de ces champions n’aurait pu résister à l’accélération que nous avons alors enclenchée, pensez donc, suite à la secretion d’au moins cinquante grammes d’adrénaline, nous avions les cheveux dressés sur la tête, le cœur à 330 , les jambes à 7200 TM, notre cerveau était formel, le seul animal connu de ce gabarit est un archéopteryx ! peut être était il resté caché dans la grotte de LASCAUX ? ( jurassic parc n’était encore que dans le cortex de Spielberg ! ) et c’est carrément transformé en missile sol-sol que nous avons atteint l’orée du bois et aperçu à cinquante mètres sur la gauche dans un champ cette immense chauve souris qui se cabrait dans un dernier mouvement pour se poser, nous venions de rencontrer notre premier deltaplane
Madame BONO est sûrement issue d’une île, mais laquelle ? Guadeloupe ? Martinique ? ce qui est sur c’est qu’elle en a gardé la nonchalance et une élocution aussi colorée que sa peau, difficile à restituer dans ce texte, sa chienne spitz RUMBA est par contre branchée en 380 volts, il faut surveiller ses quenottes, le coup de dent part très vite, Madame BONO l’appelle son bébé et elle nous appelle un jour au téléphone avec son tutoiement décontracté:
Docteur, tu m’as donné des pilules de CONTRALAC pour RUMBA, pour la grossesse nerveuse et ses grosses mamelles, ça peut pas lui faire de mal ?
Non, bien sûr, il faut respecter les doses, cela agit pour empêcher la production de lait en s’opposant aux sécrétions de prolactine.
Et moi si j’en prends qu’est-ce que ça me fait ?
Une brève image-souvenir de la poitrine de Madame BONO nous traverse l’esprit …
Euhhhh ! faut voir, pourquoi me demandez vous cela ?
Tu vois docteur, l’autre nuit, j’avais mal à la tête, je me lève, j’ouvre le tiroir de la cuisine, et hop j’avale trois comprimés ! mais le lendemain matin quand j’ai voulu me lever, y’a la chambre qui tournait autour du lit ! j’ai appelé ROGER mon mari qui a fait venir le médecin, il m’ont hospitalisée une semaine, ils m’ont tout fait, les analyses, le scanner, le fond des yeux, j’ai rien ! y z’ont rien trouvé !
Mais en rentrant à la maison j’ai dit : ROGER t’as oublié de donner les comprimés à RUMBA !
ROGER ne savait pas qu’il fallait donner les comprimés à RUMBA !
Et en voulant lui donner son traitement resté dans le tiroir … il manquait trois comprimés !
conclusion : le CONTRALAC, c’est comme le rhum des îles, ça fait tourner la tête !
J’ai payé plus cher parce que c’est rare !
La première visite de ce chiot promettait de sortir de l’ordinaire, il était évident en le regardant que son œil droit le faisait souffrir, les clignotements incessants de ses paupières ne signalaient pas qu’il allait tourner à droite, et nous pouvions juste discerner une petite fente tapissée de mucus jaunâtre point de départ d’une source de larmes qui avaient déjà coloré sa joue en marron, une comparaison avec une gousse de vanille dans une coupe d’île flottante allait bientôt s’imposer.
Trois compresses humidifiées nous ont vite rendu l’examen de cet œil moins glissant et en écartant les paupières nous constatons que ce chien posséde au milieu de l’oeil, sur la cornée, une zone carrée de trois millimètres de côté abondamment pourvue de poils longs de cinq à six millimètres, un peu comme l’oncle PICSOU avec ses $ sur chaque œil !
Nous: Monsieur, votre chien présente une anomalie de l’œil qu’il faudra opérer rapidement, vous voyez ces poils qui poussent sur l’œil sont responsables de cette conjonctivite et il risque à tout moment de faire des ulcères de cornée.
Le propriétaire : Ah ! ben non, j’veux pas l’faire opérer, j’lai acheté comme ça, même que je l’ai payé plus cher parce que c’est rare !
Nous n’avons ni revu ni opéré ce chiot …peut être aurions nous du proposer des lentilles à poil pour l’œil gauche ? peut être est-ce la toiletteuse qui s’est révélée la plus persuasive ?
Mors le !
Vous avez déjà démarré en voiture trop pressé ? la ceinture tirée trop vite qui se bloque arrivée au niveau du nombril, le rétro réglé spécial maquillage qui ne vous a pas permis de voir la tête de l’usager à qui vous avez fait une queue de poisson et qui vous pourrit avec son klaxon, la baffe envoyée sur le clignotant qui enclenche simultanément les essuie-glaces, le tout observé par deux paires de lunettes de soleil sorties d’un fourgon bleu situé à trente mètres de là ? cherchez pas à comprendre c’est votre jour de chance !
Bref, tout commence mal, et ce jour là tout commençait mal, c’était notre jour de chance!
Voyou était entré en coup de vent dans la salle de consultation, son maître s’était dirigé droit sur le bureau pour y déposer ses papiers ainsi que le carnet de vaccination et pendant ce temps le Schumacher à quatre pattes avait fait le tour de chauffe, puis se précipitait sur le pied de la table pour un passage aux stands et une vidange rapide.
En tant que commissaire de piste nous avions envoyé la main droite sous le thorax du canidé momentanément réduit à trois pattes, un chiot de marque épagneul breton, estimé à six mois d’âge, même avec turbo cela ne nous fait pas peur.
ERREUR! MISTAKE ! en un dixième de seconde le chasseur était devenu gibier, nous nous étions retrouvé avec la main compostée par deux crocs tout neufs, deux trous, recto et verso !
OUAHH ! Nom de D. ! toute la mythologie n’y suffirait pas, la honte, la haine, la hargne !
Mais putain ! mais il est con votre chien ! punissez le ! merde quoi ! ( là le prix Goncourt nous échappe )
Le propriétaire très légèrement confus « OH! vous savez vous êtes pas le premier, il a déjà mordu toute la famille ! »
Pendant ce temps Voyou a encore amélioré le record du tour de deux dixièmes de secondes et nous sommes arrêtés au stand BETADINE le temps que nos plaquettes refroidissent.
Reprise de la consultation avec la protection d’une muselière en nylon, voici ce que nous apprenons : Voyou était le seul chiot de la portée et il a vite pris en bouche ses affaires personnelles, chaque membre de la famille, femme, enfants et mari s’était fait rappeler à l’ordre par ce petit crocodile.
Nous déployons notre batterie de conseils pendant que notre pansement termine de se colorer, »vous comprenez il ne fallait pas le laisser vous mordiller, il faut refuser le mordillement des chiots, ce n’est pas pour se faire les dents qu’ils le font mais pour tester si vous les dominez ou pas, il ne faut pas le laisser faire etc »
Huit mois après un épagneul breton pénètre dans la salle de consultation, d’un geste il est capturé et mis directement sur la table d’examen.
Hé ! Hé ! Hé ! Hé !
Etonné du comportement de notre client qui nous observe narquois, nous le regardons, nous regardons son chien, mais rien! nous avons beau chercher à nous souvenir, la tête du chien ? rien, la tête du maître ? rien …
Hé ! Hé ! Hé ! Hé !
Nous sentons l’énervement arriver, pourquoi se fout-il de notre gueule ?
Qu’est ce qui vous fait rire ?
Vous ne vous souvenez pas docteur ?
Toujours incrédule ; Ben, non, j’vois pas !
Il vous avait troué la main la dernière fois !
Petite accélération cardiaque, l’adrénaline nous inonde les tuyaux en trois pulsations, mais notre épagneul reste stoïque sur la table.
Quinze jours après, docteur, il a remordu mon fils et il lui a ouvert la lèvre jusqu’au nez alors j’ai pris son oreille et j’ai mordu de toutes mes forces, j’ai craché des poils pendant dix minutes ! c’est vous qui m’aviez dit qu’il mordait parce que nous on ne l’avait pas mordu ! En tout cas ça a bien marché, depuis ce jour là il ne mord plus !
J’avais dit ça moi ? …
Vetopath est un laboratoire qui réalise pour nous des analyses de tissus et un de nos clients lui a adressé ce courrier manuscrit accompagné de peaux d’andouillettes ! Nous vous le reproduisons à la lettre prés pour ne pas trahir sa pensée …
Monsieur
je me permait de vous ecrire au suget de l’alimentation humain et chien animaux et ( ratures ) l’autre jour j’ai mange une andouillette dans l’ensemble est été bonne mais j’ai gardé le gout du pretrole pendant 3 jours. vut que les boyaux sont fait avec de galette de pretrole. donc tres cancerigene. comme tout boyaux a sausisse et sausison . tout est syntetique. le vin aussi . aussi a marseille il y a quatre machine par hotipal . qui trete 300 cliants par jours par hopital du cancer sa tourne a tourt de bras la personne dit rien . puis si on veut une paire de ( corne ? illisible ) la sa braille. moi je pisse dans le reservoir de ma voiture sa fait de l’economie en essence vut que le corp humaine rafine l’alimentation quon mange qui est syntetique comme la punture de caserole et poile . ses la mort lente des humain .
voila se que lont mange. echantillon. boyau jai envoye un echantillon a la securite sociale . vut le deficie . aux ministre de la sante aussi
salutions distingues
signature
oserez vous manger de l’andouillette dorénavant ? oserez vous pisser dans votre réservoir d’essence ?
Là où l’histoire se pimente avec cet auteur, inventeur du SMS, (hé oui ! L’iphone n’était pas encore né !) Ce précurseur remplaçant l’orthographe par la phonétique est resté anonyme pendant trois ans, puis un jour, Daniel dont nous avons relaté le génie dans le premier paragraphe nous a confié « moi je pisse dans le réservoir de ma voiture », pour ma part je ne l’ai jamais vu au volant d’un véhicule …
